Prise de position de la Fédération suisse des psychologues du 4 mars 2002
Carton rouge du Tribunal fédéral aux psychothérapeutes de pacotille: pas de psychothérapie sans études de psychologie
Les études de psychologie constituent la meilleure préparation à l'activité psychothérapeutique que n'importe quelle autre étude supérieure. C'est la conclusion à laquelle vient de parvenir le Tribunal fédéral. Les juges suprêmes du pays approuvent sans réserve les mesures cantonales prises contre les psychothérapeutes au rabais. Une décision qui devrait servir de modèle à la loi fédérale qui est actuellement en gestation.
Le canton de Zurich a obtenu raison sur tous les points devant le Tribunal fédéral. Sa nouvelle loi sur la santé, promulguée en août 2000 et qui exige des études complètes de psychologie pour exercer une activité psychothérapeutique, est conforme à la constitution. Il ne s'agit absolument pas d'une mesure arbitraire comme le prétendaient les plaignants, à savoir l'Association suisse des psychothérapeutes, la Charte suisse de la psychothérapie ainsi que d'autres instituts non universitaires, étant donné que «l'ensemble des critiques formulées se sont toutes avérées sans aucun fondement», comme l'écrit le Tribunal fédéral dans son arrêt. Il s'agit donc vraisemblablement bien d'une décision préliminaire importante dans la perspective de la «loi fédérale sur la formation, la formation postgrade et la formation continue des professions de la psychologie» qui est actuellement élaborée par une commission d'experts du Conseil fédéral.
Les études de psychologie s'imposent
Cette décision du Tribunal fédéral a donc permis à la Fédération suisse des psychologues FSP ainsi qu'à son association cantonale de Zurich (ZüPP) de faire prévaloir leur position. La FSP, les universités ainsi que la Société suisse de psychologie (SSP) défendent aussi le même point de vue au niveau fédéral dans le cadre des commissions d'experts qui s'occupent de la «loi fédérale sur la formation, la formation postgrade et la formation continue des professions de la psychologie»: des études complètes de psychologie, comprenant également la psychopathologie, doivent constituer la condition impérative à toute activité responsable en tant que psychothérapeute.
Prendre au sérieux les maladies psychiques
Il ne viendrait à l'idée de personne qu'un architecte ou qu'un chimiste puisse éviter de faire des études de médecine ou s'inscrire uniquement au dernier semestre afin de suivre une formation spécialisée en tant que pédiatre! Le fait d'avoir étudier à fond pendant des années le corps humain et la science médicale est - avec raison - la condition impérative à toute activité ou spécialisation médicale.
Le même principe doit s'appliquer aussi bien aux maladies et aux troubles psychiques qu'aux souffrances purement physiques. Et seuls ceux qui ont étudié d'une manière suffisante les éléments fondés scientifiquement du psychisme peuvent poser des diagnostics et intervenir sur le plan thérapeutique. Les psychothérapies qui ne reposent pas sur une formation scientifique de base étendue ainsi que sur des connaissances de la méthodologie scientifique comportent un fort potentiel de conséquences néfastes pour la santé du psychisme humain.
Contrairement aux organisations qui ne se sont pas alignées sur la psychologie universitaire, la FSP considère que la situation est insoutenable sur le plan de la politique de la santé lorsque des personnes qui changent de filières, tels que des architectes, des chimistes, des linguistes, des professeurs ou des infirmières, sont autorisées à intervenir sous leur propre responsabilité dans le trésor fragile qu'est le psychisme humain, ainsi qu'à effectuer des diagnostics difficiles sans devoir démontrer qu'elles disposent des connaissances fondamentales indispensables de la psychologie ni qu'elles maîtrisent les instruments et les méthodes scientifiques appropriées nécessaires. Qui pourrait accepter qu'un chimiste bénéficiant d'une formation postgrade éventuellement douteuse se permette de porter un diagnostic sur les mécanismes de son psychisme et intervienne alors dans les processus concernés?
Les universités garantissent le caractère scientifique
Les universités sont la garantie du caractère scientifique. Les personnes qui ne satisfont pas aux critères de formation des universités ne sont donc pas qualifiées. De tels «professionnels» ne doivent plus être à l'avenir autorisés à exercer en tant que psychothérapeute dans l'intérêt ainsi que pour la protection du public.
Les interventions dans le psychisme doivent être réservées exclusivement à des spécialistes qualifiés. Seuls les psychothérapeutes formés à la psychologie scientifique disposent d'une vue d'ensemble sur les divers instruments et sont en mesure de prendre des mesures efficaces et appropriées, de même que d'évaluer leur domaine de validité ainsi que leurs limites. La Fédération suisse des psychologues FSP constate avec satisfaction que ce principe a maintenant aussi été suivi par la plus Haute Cour de justice de Suisse dans son arrêt du 2 novembre 2002 qui juge l'exigence d'études de psychologie en tant que condition fondamentale à l'exercice d'une activité psychothérapeutique responsable, comme étant une restriction à la liberté d'entreprise tout à fait conforme à la constitution.
La protection de la santé dans la loi fédérale sur la psychologie
Les conclusions riches en perspectives du Tribunal fédéral constituent une décision en faveur de la protection de la santé. Selon le Tribunal fédéral, il est tout à fait admissible de limiter la liberté d'entreprise «dans l'intérêt public et sous réserve du respect du principe de la proportionnalité». Ce qui ne constitue d'ailleurs également pas non plus une violation de la loi fédérale sur le marché intérieur. Le Tribunal fédéral considère qu'une formation de base complète en psychologie constitue la meilleure condition pour être à même de décider quelles méthodes de thérapie doivent être utilisées le plus efficacement selon les tableaux cliniques. Et la psychopathologie qui est enseignée dans les universités est aussi absolument essentielle pour les plus hauts juges du pays: «Il est désormais tout à fait clair qu'une activité psychothérapeutique indépendante qui donne le droit de diagnostiquer d'une manière autonome des maladies psychiques et psychosomatiques ainsi que de les traiter à l'aide de méthodes psychothérapeutiques, suppose un diagnostic sûr ainsi que des connaissances fiables de ses propres limites professionnelles; ce qui exige impérativement un savoir fondé en psychopathologie», précise également l'exposé écrit des motifs. La commission d'experts serait donc bien inspirée d'accorder tout le sérieux nécessaire à ces décisions du Tribunal fédéral.
L'argument du marché du travail
Le marché du travail le plus important pour les psychothérapeutes suisses - et inversement - est l'Allemagne qui exige impérativement des études en psychologie pour pouvoir exercer une activité psychothérapeutique. Une réglementation suisse qui ne prévoirait pas d'études de psychologie fermerait donc le marché du travail allemand à nos psychothérapeutes. A l'inverse, les quelques «professionnels» allemands peu qualifiés, qui n'ont pas fait d'études de psychologie et qui ne peuvent donc plus travailler dans leur pays en tant que psychothérapeute, pourront toujours profiter des standards inférieurs appliqués en Suisse et exercer alors la psychothérapie chez nous aux termes de la clause de non-discrimination prévue dans les accords bilatéraux. |