«De nombreux psychologues sont concernés»

Aurélie Faesch-Despont
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Une nouvelle association rassemble depuis le mois de janvier les psychologues spécialistes des addictions.

Même s’ils ne sont pas toujours considérés à leur juste valeur, les psychologues jouent un rôle central dans le domaine des addictions. Pour se mettre en réseau, se professionnaliser et mieux se positionner, les psychologues spécialistes des dépendances ont créé en janvier 2020 l’Association suisse de psychologie des addictions (APS). Celle-ci a déposé en février une demande d’affiliation à la FSP, sur laquelle devra se prononcer l’Assemblée des délégué-e-s en septembre. Au nom du Comité de l’APS, Urs Gerber en explique les raisons.

Pourquoi la création d’une association de psychologie des addictions était-elle nécessaire?
Lors des congrès et des réunions d’associations ou de spécialistes, ce sont bien souvent les aspects médicaux et sociaux qui dominent. Alors même que la psychologie joue un rôle central dans le domaine des addictions. Pour citer un exemple, pratiquement toutes les méthodes efficaces pour traiter les troubles liés à la consommation d’alcool sont issues de la psychologie. La thérapie des addictions consiste en grande partie en des interventions psychologiques. Et les psychologues, grâce à leurs recherches fondamentales et appliquées, livrent des connaissances scientifiques importantes.

Cherchez-vous à vous profession­naliser?  
Le domaine des addictions a aujourd’hui un grand besoin de standards de qualité fondés. Nous devons être capables de justifier nos concepts et nos pratiques. Dans le sens d’une professionnalisation, il est également souhaitable que la formation des psychologues qui travaillent dans ce domaine soit certifiée. Ce qui permettra de communiquer de manière transparente les normes, les compétences et les approches thérapeutiques à la clientèle, au public, à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), aux caisses maladie et aux autres disciplines. La création d’une association nous permet d’entreprendre les démarches nécessaires pour aller dans ce sens. 

Le domaine des addictions est très interdisciplinaire. Pourquoi créer une association de psychologues uniquement?
Il existe effectivement déjà différentes associations actives dans le domaine des addictions. Mais celles-ci ne représentent pas spécifiquement les intérêts des psychologues suisses, notamment sur les plans de la politique professionnelle et de la formation. Le domaine des addictions nécessite des compétences particulières. La contribution de la recherche est centrale et doit être intégrée à une formation ciblée, qui renforce les compétences des psychologues et améliore leur image.

Selon les buts de la nouvelle association, vous souhaitez aussi renforcer les échanges entre la recherche et la pratique.
Les addictions ne concernent pas uniquement le tabac, l’alcool et les drogues, mais aussi les dépendances comportementales liées aux jeux d’argent et aux jeux de hasard, par exemple. C’est un domaine très vaste. Outre la thérapie, la prévention et la recherche revêtent une grande importance. Les universités et les hautes écoles spécialisées sont très intéressées par un échange avec les praticiennes et les praticiens. Et vice-versa. Le dialogue entre recherche et pratique doit être encouragé, car tous deux peuvent en tirer de grands avantages. Mettre en réseau tous les spécialistes des addictions permettra d’encourager les échanges. 

Pourquoi est-ce important pour vous de devenir une association affiliée à la FSP?
Nous sommes des psychologues convaincus, et nous pensons que nous pourrons mieux atteindre nos objectifs en étant affiliés à la FSP qu’en faisant cavalier seul. La FSP a beaucoup fait pour la psychologie au cours de ses décennies d’existence. Et son aide est précieuse pour une association, par exemple sous forme de conseils juridiques. Elle organise aussi des rencontres entre les représentantes et les représentants des associations, ce qui permet un échange d’idées entre les différentes disciplines de la psychologie.

Combien de membres votre association compte-elle déjà ? Quel est le potentiel?
Pour la création de l’association, nous étions 27 personnes. Mais, jusqu’à présent, nous n’avons fait que du bouche-à-oreille. Bien sûr, nous voulons élargir cette base. La Suisse alémanique et la Suisse romande sont actuellement représentées, mais les Tessinois et les Rhéto-romanches sont encore absents. Bien que le nombre total de psychologues qui s’occupent exclusivement des problèmes de dépendances soit plutôt faible, de très nombreux psychologues et psychothérapeutes sont indirectement concernés. Un certain nombre de dépendances se développent par exemple déjà au début de l’adolescence, et peuvent avoir un impact sur la vie entière. Les psychologues spécialisés dans cette tranche d’âge doivent donc aussi connaître les mécanismes des comportements de dépendance.

Quels sont actuellement les plus gros défis à relever dans votre domaine?
Nous n’atteignons malheureusement qu’une petite partie des personnes dépendantes pour leur apporter des soins. Dans le domaine de l’alcool, par exemple, on suppose actuellement que seuls 15 % des personnes sont prises en charge. Nous nous demandons comment nous pouvons augmenter ce taux. Nous nous posons également les questions suivantes : comment réduire la stigmatisation des malades et du personnel soignant ? Les proches des personnes dépendantes souffrent également, comment mieux les soutenir ? Cette dernière question est particulièrement pertinente pour les enfants de personnes dépendantes : ils portent un lourd fardeau et leur risque de tomber malades est accru. Toutes ces questions sont étroitement liées à un problème de financement : ces prestations ne sont pas couvertes par notre système social, ni par l’assurance-maladie et ne sont donc pas suffisamment fournies.

 

Informations

L’Association suisse de psychologie des addictions (APS) a été fondée le 17 janvier 2020 à Berne, en présence de 27 membres fondateurs. Les membres du Comité élu sont : Ineke Keizer (­présidente), Christopher Schütz (vice-président), Martin Sieber (secrétaire), Boris Quednow (trésorier), Svetlana Dimova, Urs Gerber et Franz Moggi. 

Le site addictionpsychology.ch sera mis en ligne prochainement. Contact: ineke.keizer [at] hcuge.ch

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