Entrée en vigueur de la CIM-11

Aurélie Faesch-Despont
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Adoptée en mai 2019 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la nouvelle classification internationale des maladies CIM-11 entrera en vigueur en janvier 2022.

Mise en oeuvre: les pays de l’OMS en sont eux-mêmes responsables. La définition d’une ma-ladie dans la CIM n’implique pas forcément un remboursement de prestations médicales par l’assurance-maladie. 
Bases légales: dans la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales (LPGA), la maladie est définie comme « toute atteinte à la santé physique, mentale ou psychique qui n’est pas due à un accident et qui exige un examen ou un traitement médical ou provoque une incapacité de travail ». 
Accès: la CIM-11 peut être téléchargée gratuitement sur le site web de l’OMS.
Nouveaux troubles: Bipolar type II, Body dysmorphic, Olfactory reference, Hoarding, Excoriation, Complex post-traumatic stress, Prolonged grief, Binge eating, Avoidant/restrictive food intake, Gaming, Compulsive sexual behaviour, Intermittent explosive und Premenstrual dysphoric (disorder), ainsi que Catatonia et Body integrity dysphoria.

"La CIM et le DSM expriment une compréhension moderne des troubles psychiques"

Dans le cadre de la révision de la Classification internationale des maladies (CIM), le psychologue FSP et professeur de psychologie Andreas Maercker a dirigé le groupe de travail de l’OMS dédié aux troubles liés aux traumatismes et aux facteurs de stress. Voici un extrait de son interview, parue dans Psychoscope 2/2020. 

En quoi consistait votre mission?
Auparavant, les maladies liées aux traumatismes et aux facteurs de stress faisaient partie des troubles névrotiques. Dans le cadre de la révision de la classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes (CIM-10), nous avons envisagé de réunir ces deux types de troubles en une seule catégorie. Ma mission consistait à coordonner le travail de collègues de tous les continents. Notre objectif était de trouver une classification utile sur les plans scientifique et clinique. L’utilité pour les praticiens a été un critère déterminant lors de l’élaboration de la CIM-11.

Quelles difficultés pourraient accompagner l’application pratique de la CIM-11?
Des études sur l’introduction de la CIM-11 ont été menées dans tous les continents. Dans l’ensemble, elles ont montré que l’introduction d’un diagnostic fiable à l’aide des définitions de la CIM-11 ne poserait aucun problème majeur. Celles-ci sont plus simples que celles du DSM et se limitent à quelques symptômes clés. Le plus difficile a été de faire la distinction entre le trouble de stress post-traumatique (TSPT) et un diagnostic ap-parenté, le « TSPT complexe », qui vient d’être ajouté. Pour remédier à ce problème, nous avons formulé de façon détaillée le matériel écrit correspondant destiné aux praticiens.

Pourquoi faut-il des diagnostics ?
Les diagnostics demeurent un bon moyen de communication. Il est important de disposer de diagnostics explicites et verbalisés. Bien sûr, la façon dont ils sont concrètement conçus et la référence biopsychosociale sur lesquelles ils s’appuient restent sujets à débat. Certains voudraient tout définir biologiquement. Je ne partage pas ce point de vue, car les troubles psychiques ne sont pas tous principalement d’origine bio-logique. La schizophrénie en est un exemple. Il est très probable qu’elle soit essentiellement due à un facteur biologique. Mais son évolution n’en reste pas moins biopsychosociale : nous savons que la maladie se manifeste différemment selon les milieux culturels. Elle évolue plus favorablement dans les pays non industrialisés que dans ceux du Nord, où les personnes concer-nées sont plus intensément prises dans leur quotidien professionnel. Chez nous, les individus présentant un état psychotique sont plus vulnérables.


Les diagnostics permettent de parler des maladies. Mais ils peuvent aussi être stigmatisants.
Oui, cet aspect peut être lourd de conséquences pour certaines personnes. Mais je ne vois aucune alternative. En effet, avec des critères implicites, nous retomberions dans des déclarations comme : « Tu es fou ! » ou « Tu es possédé par un démon ! » La CIM et le DSM expriment une compréhension moderne des troubles psychiques. Ils ne constituent pas un point de départ pour des comportements susceptibles d’engendrer des stigmatisations encore plus fortes. 

Lire l'interview complète d'Andreas Maercker dans Psychoscope 2/2020

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