Le mieux est l’ennemi du bien

Aurélie Faesch-Despont
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Voilà pourquoi le mieux peut parfois s’avérer l’ennemi du bien.

Le perfectionnisme est un puissant moteur de réussite et de création. Des musiciens tels que Jean-­Sébastien Bach ou Ludwig van Beethoven passaient et repassaient sans fin sur leurs partitions avant de les considérer comme présentables. Mais tous les génies ne sont pas perfectionnistes. Si faire « toujours mieux » est leur maxime favorite, ces derniers ne se rendent peut-être pas compte que, parfois, le mieux peut aussi s’avérer l’ennemi du bien.

Notamment lorsque la recherche de la perfection prend des proportions trop importantes, elle peut alors devenir un piège. Non seulement pour la personne concernée, mais également pour son entourage. Car, comme l’explique le médecin psychiatre et psychothérapeute français ­Frédéric Fanget dans son ouvrage intitulé Toujours mieux, psychologie du perfectionnisme, le perfectionnisme se présente sous trois formes distinctes : il peut être orienté vers soi (exiger de soi-même la perfection), vers les autres (demander à son entourage d’être parfait comme soi), ou répondre à une demande d’ordre social (répondre à la pression de la norme sociale). Ces trois types de perfectionnisme, combinables, se distinguent par leurs conséquences sur la vie quotidienne. Mais tous trois s’étendent sur un continuum qui va du « bon » perfectionnisme au perfectionnisme « pathologique ». À chacun-e de trouver sa place sur cette échelle, tout en veillant à éviter de se retrouver à son extrémité. « C’est un trait de personnalité à conserver s’il n’est pas trop élevé, s’il est en accord avec votre réussite et si vous êtes heureux grâce à lui », écrit Frédéric Fanget. Si le perfectionnisme est trop élevé, il peut semer le doute permanent, l’obsession du détail ou la peur de l’erreur... et ainsi mener à une paralysie d’action. 

Tomber dans le « trop », dans l’excès, se révèle donc souvent contre-­productif. Partant de ce constat, Jasmine Vergauwe, professeure de psychologie à l’Université de Ghent, en Belgique, a cherché à savoir si avoir trop de charisme pouvait finir par engendrer un effet négatif. Son équipe de recherche s’est penchée sur le cas de près de 600 leaders de divers pays. Grâce à « l’échelle de développement de Hogan », la psychologue et son équipe ont mesuré le degré de charisme des participantes et des participants. L’efficacité des différents leaders a ensuite été évaluée par un panel de collaboratrices et de collaborateurs. Résultat : les leaders les plus charismatiques ont été jugés aussi peu efficaces que ceux totalement dépourvus de charisme. Vouloir en faire toujours plus, voire trop, n’est donc de loin pas un gage d’efficacité. Un bilan qui confirme notre hypothèse : le mieux n’est certainement pas toujours l’ami du bien.

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