04.12.2018

La loi du moindre effort: un ancrage profond

Pour contrer notre tendance à minimiser l’effort, les chercheurs conseillent d’encourager l’activité physique au lieu d’offrir des tentations à en faire moins, comme les escalators. © Shutterstock.com

Manque de temps, météo maussade, fatigue: toutes les excuses sont bonnes pour remettre au lendemain son pas­ sage au club de fitness ou son footing.

Cette tendance à minimiser l'effort ne serait rien d'autre qu'un héritage de nos ancêtres lointains. Une équipe de recherche dirigée par Boris Cheval, établi à l'Université de Genève et aux Hôpitaux Universitaires de Genève, et par Matthieu Boisgontier, chercheur à l'Université de Leuven en Belgique et à l'Université de British Columbia au Canada, a étudié le phénomène du " pa­radoxe de l'activité physique".

Ils ont cherché à comprendre pourquoi une personne exprimant le souhait d'être plus active physiquement finit souvent par s'installer sur son canapé plutôt que d'aller courir. Les scientifiques ont étudié l'ac­tivité neuronale de 28 personnes dési­rant être plus actives, sans pour autant passer à l'acte.

"Nous avons soumis les participants à un jeu consistant à diriger un bonhomme vers des images représentant une activité physique et de l'éloigner d'images représentant la sédentarité. Puis, dans un deuxième temps, d'effectuer l'action contraire", explique Boris Cheval. Paradoxale­ment, les participants ont réagi plus rapidement lorsqu'il s'agissait de fuir la sédentarité que l'activité physique. Une action en accord avec leur intention d'être actifs, mais contraire à leur pen­chant naturel les poussant à la minimisation de l'effort.

L'observation de l'activité neu­ronale des sujets a toutefois livré d'autres informations intéressantes: les chercheurs se sont aperçus que l'activité cérébrale était beaucoup plus élevée lorsque les participants devaient choisir la sédentarité. Cette intense ac­tivation dans les zones du cerveau liées à l'inhibition des tendances naturelles et à la gestion des conflits est le signe d'un gros dilemme interne.

Le cerveau doit donc solliciter beaucoup plus de ressources pour s'éloigner des compor­tements sédentaires et éviter ainsi de suivre son penchant pour la minimisa­tion de l'effort. Sans quoi l'affect finit par l'emporter sur la raison. Depuis toujours, l'homme est en effet naturellement attiré par la minimisation de l'effort. Dans une optique de survie, nos ancêtres devaient limiter au maximum les efforts physiques inu­ tiles afin de préserver leurs ressources.

Cette optimisation énergétique étant aujourd'hui caduque, les chercheurs sont d'avis qu'il faudrait encourager l'activité physique au lieu d'offrir des tentations à en faire moins, comme les escalators ou les ascenseurs.

Cheval, B., Tipura, E., Burra, N., Frossard, J., Chanal, J., & Orsholits, D. (2018). Avoiding sedentary behaviors requires more cortical resources than avoiding physical activity : An EEG study. Neuropsychologia. doi : 10.1016/j. neuropsycholgia.2018.07.029

 

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