Le blog de Psychoscope – L’art d’évaluer le risque

Miriam Vogel
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Comment prédire un passage à l’acte imminent et prendre en charge les terroristes, criminels violents ou délinquants sexuels?

L’intérêt brûlant de la profession pour la science médico-légale est satisfait chaque année lors de l’Internationales Symposium Forensische Psychologie & Psychiatrie (ISFPP) organisé au World Trade Center de Zurich. L’événement sera reconduit cette année, du 8 au 10 juin 2020. En mai 2020 se tiendra également l’Assemblée générale de l’association cantonale des psychologues zurichois (ZÜPP). Pour l’occasion, la ZÜPP accueillera le prof. et Dr. phil. Jerôme Endrass, psychologue médico-légal, psychothérapeute reconnu au niveau fédéral, responsable d’état-major à l’Office d’application des peines du canton de Zurich, directeur du groupe de travail sur la psychologie médico-légale à l’Université de Constance, et membre du Comité de la Société suisse de psychologie légale (SSPL). Il y fera une présentation sur le thème de l’évaluation d’un risque de passage à l’acte imminent.

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Miriam Vogel
Dr. phil.
Psychologue spécialiste en psychothérapie FSP, en psychologie clinique FSP et en psychologie de l'enfance et de l'adolescence FSP
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La base de travail spécialisée pour l’évaluation des risques de passage à l’acte chez les terroristes, les auteurs de crimes violents et les délinquants sexuels est le programme FOTRES (Forensisch Operationalisierte Therapie- und Risiko-Evaluations-System) du prof. Dr. med. Frank Urbaniok, ancien médecin-chef du service de psychiatrie et de psychologie et membre de la direction de l’Office d’application des peines de Zurich. Frank Urbaniok a mis au point cet outil et guide pour un diagnostic, un traitement et des pronostics psychodynamiques opérationnalisés, qui a retenu l’attention au niveau international, en vue de l’établissement de rapports d’expertise et de la réalisation de thérapies réduisant les risques identifiés. Contrairement au diagnostic peu pertinent basé sur un test statique ou le système CIM, FOTRES est fiable à 70%. 

Diagnostic et pronostics
Frank Urbaniok fait une distinction entre personnalités criminelles et situations criminelles. Il commence par évaluer le risque de base. Définissant avec précision plus de 100 critères de risque, qui augmentent ou réduisent la dangerosité selon qu’ils sont plus ou moins marqués ou associés, le système FOTRES permet d’effectuer des différenciations individuelles et par type, à tout moment. Avec FOTRES, le risque de récidive peut être évalué avec précision à n’importe quel moment – ce qui n’est pas le cas sans FOTRES, comme le montrent les récents événements de Soleure. 
 

Dans le cas de la schizophrénie, le risque de violence et de délits sexuels est sensiblement accru, « le résultat étant si fiable que... d’autres facteurs d’influence potentiels sont sans incidence sur celui-ci ».

Thérapie
En règle générale, la faisabilité d’une thérapie des criminels et des délinquants dépend de leur bonne volonté à assumer leur responsabilité et à mettre en œuvre une stratégie de contrôle de leurs pulsions. Cela s’applique notamment à des tableaux cliniques psychiatriques comme la schizophrénie, l’addiction, l’anxiété et la dépression, les troubles de stress post-traumatiques, les troubles narcissiques, les maladies obsessionnelles et la délinquance. Frank Urbaniok définit sa méthode de thérapie comme orientée sur l’acte criminel. Dans le domaine de la science médico-légale, elle est aujourd’hui considérée comme une méthode de pointe. Les principales techniques de traitement sont axées sur le «mécanisme du délit», autrement dit sur la reconstitution dramatique des pensées, des sentiments et des perceptions dans les circonstances de l’acte («reconstitution du délit» et «travail sur le délit»). Une telle reconstitution du délit est cependant exclue avec des criminels atteints de schizophrénie ou de troubles de stress post-traumatique, dans la mesure où ils mêlent délires paranoïdes et réalité factuelle.

En revanche, le travail thérapeutique sur le délit central permet au délinquant non psychotique d’anticiper une partie des cognitions, perceptions et réactions types automatiques et inconscientes à l’œuvre dans des situations quotidiennes à risque, et de les éviter en contrôlant ses pulsions comme il a appris à le faire dans le cadre thérapeutique, atténuant ainsi le risque. Frank Urbaniok se fonde ici sur la schémathérapie utilisée en thérapie comportementale ainsi que sur la thérapie basée sur la mentalisation, inspirée de la psychanalyse. Le travail sur le délit se prête très bien à la gestion du risque à long terme. 

Évaluation et gestion du risque: quelles sont les interventions (in)utiles?
En s’appuyant sur le système FOTRES, Jérôme Endrass a mis au point un système en ligne de gestion des menaces baptisé OCTAGON, destiné aux amateurs comme aux professionnels et aux institutions spécialisées. Ce système permet d’évaluer à tout moment le risque de récidive spécifique pour un délinquant donné et de prendre des mesures de désescalade ciblées appropriées. Des recommandations d’interventions de base découlent de huit dimensions de risque, d’une typologie distinguant quatre catégories de propension à la violence et de dix mesures. Ces recommandations sont individuelles ou plus générales, pour quatre indices de propension à la violence : la déviance, l’abus de certaines substances, la maladie psychique, les situations de stress.

La bonne nouvelle: pour les quatre indices de propension à la violence, il existe des mesures de désescalade spécifiques. Des mesures de prévention, une perquisition, la confiscation d’armes, des poursuites pénales, des prescriptions, des directives, l’abstinence et la déradicalisation se révèlent utiles pour tous les types identifiés.
La mauvaise nouvelle: une personne déviante ayant commis un attentat, un meurtre ou un délit sexuel et ne manifestant aucun sentiment de culpabilité ni de responsabilité, qui a adopté la cruauté et la violence comme stratégie de vie, n’est guère capable de réprimer ses pulsions ni de se contrôler. Sans une thérapie médico-légale, la déviance demeure. La détention est alors la seule protection contre le risque de récidive.
 

Littérature (en allemand uniquement)

Urbaniok, F. (2016). FOTRES. Diagnostik, Risikobeurteilung und Risikomanagement bei Straftätern. Berlin: MVG.

Urbaniok, F. (2018). Wann ist ein Täter gefährlich? NZZ-am-Sonntag, 15.04.2018.

Endrass, J., Rossegger, A. (2019). www.octagon-intervention.com

 

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