Le blog de Psychoscope – Omniprésence de la violence chez les femmes sans domicile fixe

Françoise Genillod
Psychoscope - Le blog
Fédération
Si les femmes sans domicile fixe sont plus exposées à la violence que les hommes, elles bénéficient également de meilleures conditions d’hébergement lorsqu’elles sont prises en charge.

Il existe peu de travaux consacrés spécifiquement aux femmes sans domicile fixe, qu’ils se penchent sur leur parcours ou sur leur prise en charge. Cela vient notamment du fait qu’elles sont bien moins nombreuses à vivre dans la rue que les hommes. Cette étude cherche à mettre en avant le parcours de ces femmes à travers le prisme du genre, afin de relever l’impact de ce dernier sur leurs trajectoires. Pour ce faire, les auteures se sont basées sur des données qualitatives et quantitatives issues d’enquêtes et d’entretiens menés en France entre 2012 et 2015 auprès de personnes concernées et de celles qui les accompagnent, ainsi que sur des données provenant de travail de terrain et de recherches dans la littérature.

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Françoise Genillod-Villard
Psychologue associée FSP-SSPL, criminologue, consultante
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Une exposition à la violence plus fréquente
C’est l’analyse combinées de ces données qui permet de donner un aperçu de la trajectoire de ces femmes. Elles sont généralement d’une origine modeste, peu diplômées, ayant rencontré des difficultés familiales. L’exposition à la violence est présente tout au long de leur vie, que ce soit avant l’expérience de la rue comme durant cette phase de vie. En effet, les femmes sans domicile déclarent plus souvent que les hommes avoir été victimes de violence avant l’âge de 18 ans. Celle-ci ayant été le plus souvent perpétrée par un membre masculin de la famille, dans la sphère privée. Des études étrangères montrent que l’entrée dans la rue de jeune fille peut notamment être due à des expériences d’abus et de violence au sein de la famille, notamment en raison du comportement violent d’un homme. En plus de la violence conjugale, d’autres situations peuvent amener certaines femmes à quitter le domicile familial : un mariage forcé, le viol, le refus d’être excisée. 
 

Lors de leur parcours de femmes sans domicile fixe, cette violence est omniprésente :  vols, agressions physiques et verbales, violence psychologique, harcèlement sexuel et brutalité. Même si les hommes sont également victime de cette violence, les femmes sont plus à risque de subir des agressions sexuelles que les hommes. De plus, ces violences sont sous estimées par les professionnels de l’intervention sociale, car peu mentionnées par les victimes elles-mêmes. Pourtant, les violences à caractère sexuel sont récurrentes. Pour ces femmes, les rapports sexuels peuvent être le moyen pour trouver une protection, avoir un hébergement, éviter les dangers de la rue en fréquentant un homme capable de les défendre. Ainsi, ces violences s’inscrivent dans des rapports de genre, qui constituent donc un facteur de vulnérabilité dans les trajectoires des femmes sans domicile.

Qu’en est-il de la prise en charge institutionnelle ?
Les auteures de l’article relèvent que les femmes bénéficient de structure d’hébergement ou de conditions d’hébergement meilleures que les hommes. Ceci est d’autant plus vrai lorsqu’elles ont des enfants, leur rôle de mère leur donnant une protection et une reconnaissance institutionnelle. Nous voyons donc bien que les conditions de vie sont clairement corrélées au genre. Nos représentations sociales genrées, ainsi que nos représentations traditionnelles de la femmes comme faible, vulnérable, dépendante et plus émotives tendent ainsi à protéger les représentantes de la gent féminine ,qui bénéficient alors de davantage de sympathie.

Le genre oscille entre vulnérabilité et protection. Il s’inscrit dans le contexte sociétal et influence nos pratiques. En effet, s’il y a peu de femmes vivant dans la rue, c’est qu’elles sont, une fois identifiées, rapidement orientées dans des structures spécifiques. A l’inverse, il est également possible que la protection institutionnelle ne soit pas suffisante et laisse dans la rue, par manque de places, des personnes vulnérables. Les auteures relèvent encore que nos représentations sociales genrées protègent certes ces femmes vulnérables, mais que la prise en charge de ces dernières est davantage axée sur des activités ménagères, occupationnelles ou en lien avec la maternité, plutôt que l’insertion/la réinsertion professionnelle.
 

Etude

Loison-Leruste, M., & Perrier, G. (2019). Les trajectoires des femmes sans domicile à travers le prisme du genre : entre vulnérabilité et protection. Déviance et société, 43(1), 77-110. 

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