Le blog de Psychoscope - La résistance, une étape normale

Françoise Genillod-Villard
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En contexte d’aide contrainte, il est nécessaire de considérer la résistance comme une étape normale du processus, qu’il faudra travailler à diminuer pour établir un lien thérapeutique.

La résistance constitue-t-elle un obstacle à la prise en charge ou fait-elle partie intégrante de l’intervention? Une nouvelle étude s’intéresse à la perception des praticiens dans le cadre de leur suivi de patients en contexte d’aide contrainte pour mieux comprendre les éléments qui pourraient faciliter la prise en charge. Des entretiens semi-structurés ont été réalisés auprès de sept intervenants d’un organisme offrant un accompagnement pour des hommes auteurs de violence conjugale. Les résultats montrent que le fait de connaître la problématique et l’utilisation des outils de savoir-être (écoute active, empathie, authenticité, congruence) permet aux intervenants de créer un lien de confiance, de diminuer la méfiance et les réactions défensives, et donc de créer un lien thérapeutique.

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Françoise Genillod-Villard
Psychologue associée FSP-SSPL, criminologue, consultante
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Qu’est-ce que la résistance ?
La résistance apparait dès lors que toute personne est contrainte d’agir. Plusieurs facteurs conditionnent ce processus : la pression extérieure (consulter sans le vouloir peut susciter un sentiment d’injustice) ; la socialisation masculine (il faut être fort, demander de l’aide, c’est s’exposer, montrer de la vulnérabilité et prendre des risques) ; la représentation sociale (le regard sur soi, l’approbation de la société, la peur du jugement) ; le traumatisme et le trouble de l’attachement (souvent eux-mêmes victimes de traumatismes, ces derniers peuvent être réactivés avec le sentiment d’être contraint). La honte et la peur associées au processus de consultation font émerger des réactions d’agressivité (blâme, reproche, perception de l’autre comme jugeant, etc.). Le fait de devoir aborder la violence exercée ou subie peut également déclencher un état de dissociation face aux affects vécus pouvant être interprété par l’intervenant comme du déni ou un manque d’empathie. Selon l’étude, les hommes qui représentent le plus de facteurs de risque sur les plan psychosocial et physique seraient susceptibles de présenter un plus haut niveau de résistance face à l’utilisation des services.


Il ressort des entretiens semi-structurés avec les intervenants qui ont participé à cette étude que la résistance se manifeste sous différentes formes et à différentes étapes du processus : déni, banalisation des faits, justification, rationalisation, accusation de la victime, résistance non verbale (bras croisés, roulement des yeux, soupirs etc.), arrogance, etc. Ceci également de manière passive (absence aux rendez-vous, retard, refus de fixer des objectifs, critique des outils comme des compétences de l’intervenant, etc.). Un autre élément important est la perception que l’auteur du délit a de l’organisme qui «le contraint» : une sorte de bras droit de la justice ou, du fait de mauvaises expériences dans le passé, un organisme jugeant et moralisateur.

 

Créer un lien de confiance
Afin de diminuer cette résistance, la posture tout comme le regard de l’intervenant sur la problématique sont primordiaux. Il est important de garder en tête que l’objectif est une responsabilisation de l’homme face à ses gestes. Mais pour obtenir leur reconnaissance et un changement de comportement, il faut d’abord diminuer les résistances en créant un lien de confiance. Les outils de savoir-être le permettent. De même, respecter le rythme de la personne, travailler avec elle sans mettre d’étiquette, éviter d’imposer le changement et susciter la réflexion sont des postures aidantes. Le fait d’échanger sur les observations et partager les impressions, voire aborder directement la résistance tout en évitant le rapport de force tend à désamorcer la dynamique de résistance qui, elle, devrait être reconnue comme légitime et faisant partie du processus plutôt que comme un obstacle.


Le cadre thérapeutique influence également l’établissement du lien. Les intervenants interrogés relèvent l’importance de créer un lieu qui répond aux besoins des hommes (aspects physiques du décor), et d’offrir un accueil chaleureux, ceci dès le premier contact téléphonique. De même, prendre le temps de démystifier l’organisme peut être aidant pour diminuer les craintes. Il est également important d’aborder clairement le contexte du suivi et ses limites. L’étude mentionne également l’accueil respectueux et une attitude d’ouverture comme des éléments fondamentaux de l’intervention. L’écoute active doit faire partie de l’évaluation psychosociale. Elle est nécessaire à la création d’un lien de confiance. Tout comme le fait de tenir compte de la honte ressentie par les hommes qui consultent. La peur d’être jugé et de recevoir une étiquette sont en effet des sentiments explicatifs de certaines réactions qui doivent être reconnus. 


Il est donc pertinent de considérer la résistance comme une étape normale du processus, qu’il faudra travailler à diminuer pour établir un lien thérapeutique. Ce n’est qu’ensuite qu’un travail concret sur la violence (les déclencheurs, les croyances, le sens, les traumatismes, la compréhension des comportements et des changements) pourra se faire avec l’établissement d’objectifs co-construits. Sans la création préalable d’une alliance, la confrontation est un outil contreproductif. Voir la résistance comme faisant partie intégrante de l’intervention implique une réflexion des pratiques des intervenants dont la posture est la clé du dénouement de la rencontre thérapeutique.
 

Etude

  • Deslauriers, J.-M., Fortin, A. & Joubert, D. (2020). Apprivoiser les résistances en intervention auprès d’hommes en contexte d’aide contrainte. Criminologie, 53(1), 367-395. https://doi.org/10.7202/1070514ar 

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